Interview d’Anaël PIN

Après la sortie de son dernier album « Psaumes », nous avons pu échanger avec Anaël Pin sur sa démarche de composition, une ccasion de mieux le connaître :

Luke : Bonjour Anael, merci beaucoup pour le temps que tu nous accordes. Pour te présenter rapidement, tu es auteur, compositeur, arrangeur, producteur, multi instrumentiste. Tu joues des claviers, de la guitare, de la basse, mais aussi pas mal d’instrument liés à la musique folk et certainement d’autres… Tu as accompagné beaucoup de groupes notamment des groupes chrétiens, mais pas que ; des groupes comme Glorious, Alegria family. Tu as arrangé beaucoup d’albums pour des artistes indépendants comme nous par exemple, mais aussi pas mal d’albums pour la communauté de l’Emmanuel. Par ailleurs, tu es marié et père de 3 enfants.

Luke : Aujourd’hui, c’est quelque chose d’assez rare de pouvoir vivre de sa musique, de pouvoir être arrangeur, musicien et ingénieur du son. Quel a été ton cheminement pour arriver jusque là en tant que musicien et professionnel ? 

Anael Pin : Disons que pour moi cela a été une reconversion, il y a quelques années. Ce n’était pas forcément un plan de carrière. J’en faisais ma passion en tant qu’amateur. Après une expérience professionnelle dans le commerce, j’ai eu envie avec un ami de basculer dans la musique. C’était il y a dix ans et à partir de là, les choses finalement se sont mis en place rapidement. Je pense que j’ai eu de la chance car des contrats à la fois d’arrangement en tant que musicien et technicien du son sont arrivés à ce moment là. Je me souviens d’ailleurs qu’on m’avait posé cette question quand j’étais plus jeune : “Est ce que tu voudrais en faire ton métier ? “ et je répondais « non pas du tout ! » Ce n’était pas prévu. Donc un drôle d’imprévu. 

Luke : Et en tant qu’instrumentiste, tu joues de la musique depuis toujours ? 

Anael Pin : J’ai commencé par le piano petit, à 6 ans, mais pas au conservatoire, plutôt dans la petite école de musique du secteur. J’avais une formation plutôt libre. Cela peut donner une certaine liberté d’avoir une formation pas trop académique. J’ai appris la guitare à l’adolescence avec ma découverte du rock .

Luke : Est ce que tu as des influences musicales marquantes ? 

Anael Pin : Quand j’étais ado, j’ai eu une longue phase techno, électro. Puis à partir de la fin du collège, j’ai découvert le rock, le grunge… C’est comme ça que la guitare est arrivée. J’ai beaucoup aimé le rock psychédélique des années 70. Des artistes comme Jimi Hendrix que j’ai beaucoup écouté, Dire straits, Pink Floyd… Puis j’ai été particulièrement touché par les musiques chrétiennes contemporaines à travers des groupes comme Delirious qui m’ont fait découvrir combien on pouvait partager ce en quoi on croit à travers une musique très créative. 

« Il y a des artistes qui ne sont pas chrétiens et qui pour moi sont de vrais mystiques »

Luke : Donc pour toi la musique est un moyen de partager ta foi. On le voit dans ton dernier album. 

Anael Pin : Pour moi la musique amène une dimension transcendante et permet de dire des choses pour lesquelles les mots ont du mal à suffire. Ainsi quand on est croyant, la musique permet d’exprimer Dieu, qui est la transcendance absolue. Mais il y a des artistes qui ne sont pas chrétiens et que j’aime beaucoup, qui pour moi sont de vrais mystiques. Ils dégagent quelque chose. Je pense qu’on a tous en tête des expériences de concerts où l’on sent une dimension qui nous dépasse totalement, qui nous marque parfois plusieurs jours, plusieurs semaines, tellement ce qui se vit est dense. Et pour moi cela va au-delà de l’aspect émotionnel et auditif de la musique. Et cette transcendance, quand elle devient intelligible, assumée et exprimée, c’est encore plus fort. 

 

Luke : As-tu toujours été croyant ? 

Anael Pin : ça aussi c’est une reconversion. (rires) Je me suis converti quand j’avais sept ans.

Luke : On va parler de ton dernier album intitulé “Psaumes”, un album de 10 titres. C’est un très bel album qu’on a personnellement beaucoup apprécié et qui porte à la prière et à la contemplation. Il est dans un style folk indie et très créatif dans ses lignes mélodiques. Cet album fait suite à 2 EP nommés “Dans la nuit” sortis en 2014. Il est aussi le fruit du soutien de 175 contributeurs, un vrai succès ! Cela a dû te donner pas mal de confiance dans ce projet. 

Anael Pin : Oui en effet ! Avant, il fallait attendre la sortie de l’album et parfois plusieurs semaines, plusieurs mois pour avoir les premiers retours. Et effectivement, le financement participatif permet d’avoir tout de suite une adhésion. Et donc là, j’ai senti une adhésion au projet, à l’idée, et c’est vrai que ça booste pour produire un album qui est toujours une démarche longue et assez complexe. 

Luke : Quelle a été ton intuition initiale pour te lancer dans cette aventure ?

Anael Pin : Tu vas dire que je me répète, mais c’est aussi un imprévu. Le cœur de mon travail est de travailler pour d’autres musiciens. Je travaille à travers les arrangements, le mixage à l’aboutissement d’autres personnes dans leur projet. J’aime beaucoup cela. Mais j’avais le désir de renouer avec l’écriture. Toutefois je n’arrivais pas à tenir les plages d’écritures que je me fixais. Je n’avais pas le temps. Sauf un matin où j’ai pris mon crayon, ma guitare, ma Bible et là en quelques jours toutes les chansons sont venues. C’est venu vraiment très rapidement avec l’idée de l’album, de la démarche, de l’univers. Je considère que j’ai reçu une grâce d’écriture et c’est ce qui m’a motivé à aller au bout. Je me suis dit très tôt “ok, je vais aller au bout. Je vais mettre le maximum de chances pour faire ça bien et advienne que pourra !”. Très vite j’ai cru en ces chansons, j’ai cru en ce projet. J’ai trouvé des labels, le financement participatif, développé une vision, une stratégie pour aller vers un lancement. 

Luke : As-tu signé avec un label pour cet album ? 

Anael Pin : Je suis resté indépendant. Mais je me suis fait accompagner par un jeune label qui s’appelle reverse. Ils m’ont vraiment aidé pour le lancement du crowdfunding, la communication autour de l’album. 

Luke : Quel a été ton processus de composition ?

Anael Pin : J’ai pris ma guitare, un micro, la bible, le crayon. J’ai médité les textes. En les méditant, le travail des textes et les mélodies sont venues. J’étais dans une ambiance méditative, je me suis approprié les textes ; je les ai travaillés pour qu’ils deviennent des chansons. Cette façon d’aborder les choses est devenu ma prière. C’est un cadeau que j’ai reçu et que j’ai eu envie de partager aux autres. C’est une expérience spirituelle qui m’a fait beaucoup de bien d’ailleurs.

Luke : Est-ce ta méthode habituelle ?

Anael Pin : Comme je suis un compositeur peu assidu, je n’ai pas vraiment de méthode. A chaque fois c’est très différent. Mon premier album était un carnet de voyage et c’est sur les routes que les chansons sont venues. Pour « Dans la nuit », c’était plus intellectuel, un peu plus long. Là, les chansons ont comme coulé sur le papier naturellement… c’est assez pratique. (rires) Mais c’est l’inspiration avec un grand i quand on sent que cela ne vient pas que de nous. On est quelque part redevable de ce que l’on reçoit. Cela ne nous appartient pas complètement. 

Luke : Est ce que tu as des artistes ou des chansons qui t’ont particulièrement inspirés pour cet album ? 

Anael Pin : J’avais envie de revisiter un héritage. Les psaumes, ces textes vieux de 3000 ans ont marqué l’inconscient collectif et les différentes traditions religieuses. Ils unissent aussi les poètes. Donc il y a quelque chose de très ouvert et unifiant que j’aime bien. L’idée c’était de réaliser quelque chose d’actuel, dans un style qui me parlait, sans pour autant vouloir faire du modernisme. Tout est venu avec la guitare. Après l’univers folk créatif est arrivé. Si je devais citer des artistes : fink, kings of convenience, Sufjan Stevens, Martin Smith, Gungor, Josh Garrels. Au delà de ces inspirations, j’ai essayé de créer quelque chose de personnel, spécifique plutôt que de coller à l’univers d’un autre.

« Les psaumes nous précèdent à la fois dans le passé et dans l’avenir. »

Luke : Dans ce que j’entends, tu appuies sur l’universalité des psaumes et finalement tu veux sortir des chapelles. Aimerais-tu, dans ce sens, faire rayonner ton album hors des églises ? 

Anael Pin : Complètement ! Pour les personnes qui ont l’habitude des psaumes ils peuvent les redécouvrir sous un autre angle ; en déplaçant un terme, en jouant sur une mélodie, en fait on redécouvre quelque chose auquel on s’est peut être habitué. Mais aussi, l’universalité du texte me semble pouvoir répondre à des questions concrètes aujourd’hui. J’avais cette image que les psaumes nous précèdent dans le passé et dans l’avenir. On a toujours quelque chose à apprendre et à découvrir. Il y a une magie qui est contenue dans les psaumes très actuelle pour le peu qu’on les fasse passer. Dans l’Eglise, il y un ministère : le lectorat. C’est un rôle qui est institué pour le service de la parole de Dieu. L’idée est un peu de prolonger cela, hors contexte institutionnel car on est dans un contexte de chanson.

Luke : Comment as-tu fais le choix des psaumes ?

Anael Pin : J’ai ouvert la bible, tourné les pages et quand quelque chose me parlait j’ai cherché à faire advenir un air, une façon de présenter les choses. Sinon je passais à un autre. 

Luke : Quelle est ton intention à travers ces chansons et globalement ta musique ? Tu as mentionné la transcendance que tu as pu vivre lors de concerts. Est-ce cela que tu souhaites amener ?   

Anael Pin : Mon intention est de faire vivre cette expérience immersive à travers l’album et à travers les concerts. L’idée c’est d’être vraiment pris dans les textes, dans un voyage, une expérience de cette parole. Toute méditation tourne autour d’un sujet et finalement le creuse.  C’est aussi comme un tableau d’art abstrait avec plusieurs angles d’approche. En fonction de ce que l’on voit, entend, ou vit. Cela résonne d’une façon ou d’une autre. Il n’y a pas un sens imposé mais plusieurs niveaux d’interprétation.

Luke : Lorsque tu as lancé ta campagne de levée de fonds pour financer ce projet, tu as parlé d’expérience la plus immersive possible, comment as-tu conçu tes futurs concerts de promotion par rapport à cet objectif ?

Anael Pin : Il y aura une attention sur les lieux, la lumière, le son. Certainement avec du looping, dans des églises, dans des cryptes illuminées. 

Luke : cela me fait penser au dernier titre “Qui habitat” qui est un peu un ovni dans l’album dans le sens où tu es globalement dans un style indie folk assez libre alors que celui-ci est écrit en partie en latin. C’est une langue qui a plutôt une image un peu rigoriste voir d’intégriste parfois. Quelle est ton intention ?

Anael Pin : C’est une très bonne question. J’ai écrit cette chanson dans un contexte un peu combatif, des chamboulements. Un psaume traitant du combat spirituel est arrivé. Et m’est venue l’idée du latin sur une nappe électro. Bon, je trouvais ça assez provoc’ et assez intéressant pour être creusé. J’écoute un peu de musique grégorienne aussi mais n’avais aucune affinité spéciale par rapport au latin. Il y a toujours cette idée de revisiter un héritage qui m’habitait certainement et en travaillant ce texte, j’ai changé d’avis sur le latin. Cela a été une vraie découverte. Je l’imaginait plutôt serré, étroit, rigoriste. Et j’ai finalement découvert quelque chose de doux, de très musical. Je me suis fais un peu aider pour travailler la prononciation des termes.. Ensuite musicalement, l’idée était de partir du grégorien puis peu à peu d’ouvrir l’harmonie…

Pour aller plus  loin :

Les albums d’anael pin :

Les clips de l’album « Psaumes » :

Quand verrai-je Ta face ? – Anael Pin

Psaume 34 – Sa louange sans cesse à mes lèvres – Anael Pin

Psaume 39 – Rien qu’un souffle – Anael Pin

Sur les plateformes de streaming :

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